« Quand j'ai commencé à m'informer sur les PAP, j'étais confus : psilocybine, MDMA, LSD, kétamine… Je ne savais pas si c'était la même chose, ni pourquoi on utiliserait l'une plutôt que l'autre. Ce guide m'aurait économisé des semaines de recherche. »
— Thomas, 52 ans, membre de Psychédelos depuis 2025
Les thérapies assistées par psychédéliques (PAP) ne reposent pas sur une seule substance. Chaque molécule possède un profil d'action, des indications thérapeutiques et un statut réglementaire qui lui sont propres. Les confondre — ou imaginer qu'elles sont interchangeables — est une erreur fréquente, y compris dans les médias.
Ce guide présente les quatre substances les plus utilisées en contexte de recherche clinique ou de pratique thérapeutique encadrée. Il est écrit à des fins d'information et ne constitue en aucun cas une incitation à l'usage personnel non supervisé.
Mécanisme
Agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A — perturbe le réseau par défaut, augmente l'entropie cérébrale
Indications étudiées
Dépression résistante, dépression en soins palliatifs, TOC, addiction (alcool, tabac)
Statut en Suisse
Stupéfiant (LStup) — usage autorisé par exception thérapeutique OFSP depuis 2014
Profil de sécurité
Non addictive, non toxique aux doses thérapeutiques, aucun risque de surdose létale documenté
La psilocybine est la substance la plus étudiée en thérapie psychédélique contemporaine. Après ingestion, elle est convertie en psilocine par l'organisme — la molécule active. Elle produit une expérience psychédélique profonde : altération de la perception, dissolution des frontières du moi, visions, insights émotionnels intenses. Dans un contexte thérapeutique, cette "loosening" du sens du soi peut faciliter l'accès à des contenus psychiques habituellement verrouillés et permettre une reorganisation durable des schémas de pensée. Les essais de l'Imperial College London et de Johns Hopkins ont montré des remissions durables pour la dépression résistante après 1 à 2 séances seulement.
Mécanisme
Libération massive de sérotonine, dopamine, noradrénaline + ocytocine — entactogène, empathogène
Indications étudiées
TSPT résistant (indication principale), troubles de l'alimentation, autisme (anxiété sociale)
Statut
Stupéfiant — statut "Breakthrough Therapy" FDA (2017). En cours d'évaluation réglementaire Europe
Profil de sécurité
Non addictive aux doses thérapeutiques. Risques cardio-vasculaires à surveiller. Contre-indiquée avec IMAO
Contrairement à son image médiatique liée à l'ecstasy de rue, la MDMA pharmaceutique pure, en contexte thérapeutique contrôlé, est une molécule très différente. Elle n'est pas hallucinogène — elle ne produit pas d'altérations perceptuelles profondes. Elle agit plutôt comme un amplificateur du lien : le patient reste conscient et pleinement présent, mais avec une réduction dramatique de la peur et une augmentation de la confiance et de l'empathie. C'est ce profil unique qui en fait un outil idéal pour le retraitement du trauma, où la capacité à accéder au souvenir douloureux sans être paralysé par la peur est déterminante.
Mécanisme
Agoniste 5-HT2A (comme la psilocybine), mais avec une affinité réceptorielle différente et une durée d'action bien plus longue
Indications étudiées
Anxiété en soins palliatifs, addiction à l'alcool, dépression, cluster headaches (céphalées en grappe)
Statut en Suisse
Stupéfiant — recherche possible avec autorisation OFSP. Historiquement synthétisé à Bâle par Albert Hofmann (Sandoz)
Profil de sécurité
Non toxique, non addictif. Principal risque : expériences difficiles ("bad trips") si contexte inadéquat
Le LSD est la substance qui a déclenché la première vague de recherche psychédélique dans les années 1950–60 — avant que la répression politique ne mette fin brutalement à des centaines d'études prometteuses. Sa durée d'action très longue (jusqu'à 12 heures) le rend logistiquement plus complexe à utiliser en thérapie. La recherche actuelle, notamment en Suisse (Université de Bâle, équipe de Felix Hasler), explore des analogues à durée d'action plus courte. Le LSD reste cependant la molécule fondatrice de tout ce champ, et son histoire est intimement liée à la Suisse.
Mécanisme
Antagoniste NMDA (glutamate) — dissociatif, stimule rapidement la plasticité synaptique et la synaptogénèse
Indications autorisées
Dépression résistante (Spravato® — ésketamine nasale approuvée FDA 2019, EMA 2019, Swissmedic 2020)
Statut en Suisse
Médicament remboursé (LAMal) sous conditions — prescription psychiatrique, usage en cabinet ou clinique
Profil de sécurité
Potentiel d'abus à hautes doses répétées. Effets dissociatifs transitoires. Surveillance TA nécessaire
La kétamine est la seule substance de cette liste déjà intégrée dans la pratique clinique courante en Suisse. Son mode d'action est différent des psychédéliques classiques : elle agit sur le système glutamatergique plutôt que sérotoninergique, et produit un effet antidépresseur rapide — parfois en quelques heures — là où les antidépresseurs classiques prennent des semaines. Son profil dissociatif (sentiment de déconnexion du corps, altérations perceptuelles légères) s'apparente superficiellement aux psychédéliques, mais ses mécanismes sont distincts. Elle est particulièrement précieuse dans les situations de crise suicidaire aiguë.
Tableau comparatif
| Substance |
Durée |
Type d'effet |
Indication principale |
Statut CH |
| Psilocybine |
4–6 h |
Psychédélique (hallucinogène) |
Dépression résistante |
Exception thérapeutique |
| MDMA |
3–5 h |
Empathogène / entactogène |
TSPT résistant |
Recherche clinique |
| LSD |
8–12 h |
Psychédélique (hallucinogène) |
Anxiété, addiction |
Recherche avec autorisation |
| Kétamine |
45 min–2 h |
Dissociatif |
Dépression résistante (aiguë) |
Remboursée LAMal (Spravato®) |
Ce que ces substances ont en commun
Malgré leurs différences, toutes ces substances partagent plusieurs caractéristiques importantes en contexte thérapeutique :
- Elles ne sont pas des médicaments autonomes — leur efficacité thérapeutique repose sur l'intégration dans un protocole incluant préparation et intégration psychothérapeutique.
- Elles ne sont pas addictives aux doses et fréquences d'administration utilisées en thérapie (à l'exception de la kétamine à doses élevées répétées hors protocole).
- Le set & setting est déterminant — l'état d'esprit du patient et le cadre de la séance influencent profondément la qualité de l'expérience et ses bénéfices thérapeutiques.
- Elles ne "guérissent" pas seules — elles créent une fenêtre d'opportunité que le travail thérapeutique et l'intégration viennent exploiter.
Ce que ces substances ne sont pas
Il est aussi important de souligner ce que ces thérapies ne sont pas. Elles ne sont pas une endorsement de l'usage récréatif. Elles ne sont pas accessibles sans encadrement professionnel. Elles ne sont pas adaptées à toutes les personnes ni à toutes les conditions — des contre-indications existent (antécédents psychotiques, certains médicaments, troubles cardiovasculaires selon la substance).
L'enthousiasme légitime pour ces thérapies ne doit pas masquer la réalité : leur efficacité est étroitement liée au protocole, à l'accompagnement et à la rigueur du cadre.
Des questions sur les PAP ?
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Sources & références : Nichols, D.E. (2016). "Psychedelics." Pharmacological Reviews, 68(2), 264–355. — Carhart-Harris, R. et al. (2021). "Trial of psilocybin versus escitalopram for depression." NEJM, 384, 1402–1411. — Mitchell, J.M. et al. (2021). "MDMA-assisted therapy for severe PTSD." Nature Medicine, 27. — Feder, A. et al. (2021). "Efficacy of intravenous ketamine for treatment of chronic PTSD." JAMA Psychiatry. — Swissmedic, Rapport annuel 2024. — OFSP, Exceptions thérapeutiques pour substances psychoactives (2014–2026).